Deux mécanismes de préservation des forêts pour sauver la planète.

Les forêts représentent une couverture mondiale de 4 milliards d’hectares de superficie inégalement réparties sur les différents continents [1]. Près de 56 pour cent des forêts sont situées dans les zones tropicales et subtropicales. Les superficies les plus importantes des forêts se trouvent dans le bassin du Congo (Afrique) et dans l’Amazonie (Amérique du Sud). Seulement, Les plus fortes déforestations se sont produites en Amérique du Sud, avec 4,3 millions d’hectares par an, suivie par l’Afrique avec quatre millions d’hectares par an [2].

Selon la Banque mondiale [3], plus d’un milliard de personnes dépendent largement des forêts pour leur subsistance. Des centaines de millions de personnes dépendent de médicaments dérivés de plantes récoltées dans les forêts [4]. Une grande partie des protéines alimentaires consommées par les communautés rurales provient de la chasse et de la pêche sur des terres forestières [5]. Les forêts sont également importantes sur le plan commercial. En 2003, le commerce international de bois débité, de pâte, de papier et de cartons représentait près de 150 milliards de dollars US – plus de 2 pour cent du commerce mondial [6]. Plus de deux milliards de personnes, un tiers de la population mondiale, utilisent les combustibles de la biomasse, essentiellement le bois à brûler pour faire la cuisine et chauffer leurs maisons [7]

La modification de l’état des forêts par les facteurs anthropiques va occasionner des changements progressifs des températures ou des précipitations avec pour conséquences la sécheresse et/ou les inondations. Ces changements du climat ne sont propres ni à un pays ou à un lieu, mais à un état global de l’atmosphère devant aboutir à une stratégie globale de lutte contre le changement climatique.

Pour succéder au Protocole de Kyoto, La 13e « Conference Of Parties » (COP 13) pour la CCNUCC [8] tenu à Bali en 2007 a abouti au Plan d’action de Bali, en reconnaissant l’importance des forêts contre les changements climatiques. On devrait aboutir à une stratégie globale et politique avec l’inscription du processus REDD dans la lutte. La Déforestation et la Dégradation des forêts sont responsables de 20% d’émission des GES – Gaz à effet de serre-. Pour lutter contre ce type d’émissions, qui concernent les pays forestiers du Sud, il est impérieux de mettre en place le processus REDD [9]. Cette abréviation venant de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation est devenue un concept qui renvoi à deux actions: La réduction de la déforestation et de la dégradation et La réduction des émissions des stocks de carbones des forêts. L’idée ici étant de contrôler et de valoriser les stocks de carbone captés par les forêts. (La mangrove capte cinq fois plus de carbone que la forêt. Problème: les superficies totales des mangroves à la surface de la terre sont insignifiantes par rapport à celles des forêts). Elles -les mangroves- représentent moins de 1% de l’ensemble des forêts tropicales à travers le monde, et moins de 0,4% du domaine forestier mondial. [10]

Les groupes d’experts et les chercheurs sur le climat ont commencé à comprendre que le processus REDD présenterait des limites dans son applicabilité en ajoutant aux actions initiales de la REDD trois autres stratégies qui incitent les pays concernés par un fort taux de forêt de participer à la mouvance, notamment les pays tropicaux. Le signe + ajoute des stratégies de réduction des émissions par les moyens suivants :
• le rôle de la conservation ;
• la gestion durable des forêts ;
• l’amélioration des stocks de carbone dans les forêts.[11]

Il faut trouver un moyen de compenser financièrement les pays qui conservent leurs forêts pour la stabilité du climat. Plusieurs initiatives mondiales ont vu le jour pour aider les pays en développement à mettre en place les futurs mécanismes de REDD+. REDD+ tel qu’il a été modélisé implique que les pays développés versent des aides aux pays en voie de développement pour que ceux-ci réduisent leurs émissions de gaz à effet de serres provenant des forêts ou bien qu’ils préservent ou augmentent leurs stocks de carbone [12]. Le GIEC estime que 10 à 20% du CO2 libéré provient du changement d’utilisation des terres, en particulier de la dégradation et de la diminution de la forêt tropicale [13]

Les ressources financières requises pour diminuer de moitié les émissions des GES provenant des forêts jusqu’en 2030 pourraient représenter entre 17 et 33 milliards de dollars US par an [14]. Ces ressources qui sont des sources de financement de REDD+ proviendront des fonds internationaux et des programmes divers [15]. il est prévu un mécanisme de marché du carbone lié aux compensations. Les pays forestiers doivent recevoir une compensation (financière) en échange de la réduction d’émissions provenant de leurs forêts.

FLEGT, 2011, Interactions FLEGT-REDD+, Qu’est ce que REDD+?, Notre d’information n°2, Janvier 2011

La Gestion Durable des Forêts (GDP) prévoit en dehors de l’amélioration de l’exploitation forestière et la valorisation du stockage de carbone, l’implication des populations locales dans le processus de gestion des écosystèmes forestiers. Cette conception vise à montrer que les stratégies mises en place pour la gestion durable des forêts doivent faire participer ces populations locales [16]. La gestion participative des forêts va de ce fait mettre ces populations dans la liste des parties prenantes à la gestion des forêts et de ses ressources. Quant aux dispositifs visant à accroitre l’implication des populations locales, l’une des rhétoriques consiste à prétendre que les savoirs et pratiques coutumières des populations locales basées sur des normes sociales ancestrales, contribuent à préserver les ressources naturelles, même si ce n’est pas l’objectif revendiqué. [17]

REDD et REDD+ sont des mécanismes internationaux issus de plusieurs conventions et négociations internationales sur le changement climatique. Au delà de ces deux mécanismes qui sont des processus, il y a la volonté de faire participer les populations concernées localement à cette lutte contre la destruction des forêts en sensibilisant et surtout en proposant à ces populations locales qui ne vivent que des ressources forestières et de la forêt d’autres alternatives si on veut leur demande de contribuer à gérer la forêt de façon durable.

Références

[1] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 2007, State of the World’s Forests 2007, FAO, Rome

[2] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) 2009, State of the World’s Forests 2009, FAO, Rome.

[3] Banque Mondiale, 2004, Sustaining Forests: A Development Strategy, Washington, DC.

[4] Indicateurs 2009 du développement durable du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU http://www.un.org/esa/sustdev/natlinfo/indicators/methodology_sheets/poverty/without_electricity.pdf (13 avril 2010).

[5] Mery, G., Alfaro, R., Kanninen, M. and Lobovikov, M. (eds.) 2005 Forests in the Global Balance – Changing Paradigms, IUFRO World Series 17. Union internationale des Organisations de Recherche Forestière (IUFRO), Helsinki

[6] Banque Mondiale, 2004, Sustaining Forests: A Development Strategy, Washington, DC.

[7] Center for International Forestry Research (CIFOR), 2010, REDD tout simplement: Guide du CIFOR sur les forêts, le changement climatique et REDD, CIFOR

[8] Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques https://unfccc.int/

[9] Réseau Ressources Naturelles (RRN), Dynamique des Groupes des Peuples Autochtones (DGPA), 2010, ABC REDD : Comprendre REDD et ses enjeux, Impression IPC.

[10] Quelques chiffres sur la mangrove https://fr.unesco.org/commemorations/mangroveday

[11] id. 7

[12] Forest Law Enforcement, Governance and Trade (FLEGT), 2011, Interactions FLEGT-REDD+, Qu’est ce que REDD+?, Note d’information n°2, Janvier 2011

[13] ibid. 11

[14] Stern Review on the Economics of Climate Change. A 700-page report released for the Government of the United Kingdom on 30 October 2006 by economist Nicholas Stern

[15] Principales sources de financements de REDD+: Les Fonds internationaux, les fonds basés sur la conformités, l’achat des crédits par les gouvernements et les paiements des crédits basés sur les entreprises.

[16] Agence Française de Développement (AFD), 2013, La gestion durable des forêts, Question de développement n°1 – Synthèse des études et de recherches de l’AFD.

[17] ibid. 16

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